Association Fort de La Crèche

Bienvenue sur le site de l’AFLC

Accueil > Histoire > L’Hebdomadaire La Nature

L’Hebdomadaire La Nature

Dans cette rubrique nous vous proposons des articles extraits de l’hebdomadaire La Nature. Ces articles sont choisis car ils sont contemporains de la construction des quatre batteries côtières du Boulonnais, dont celle de la Crèche.

A ce titre, ils nous éclairent sur le climat de l’époque.

Les articles qui ont retenu notre attention :

Présentation de l’hebdomadaire par Sylvie
La Nature est une revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie parue de 1873 à 1942. Elle était suivie de Bulletin météorologique de La Nature, Boîte aux lettres et Nouvelles scientifiques. Elle était éditée à Paris sous la responsabilité de Gaston TISSANDIER, rédacteur en chef et d’Henri de PARVILLE, directeur. Elle avait pour objectif la vulgarisation des sciences par la transmission d’une culture scientifique et technique.

Climat d’une époque
Cette revue paraît à la fin du 19e siècle qui connaît depuis plusieurs décennies, une véritable révolution technologique, industrielle, économique, culturelle et sociale liée aux progrès scientifiques. Mais la défaite de 1870, avec la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, laisse un sentiment d’amertume chez bien des Français…

1- Révolution technologique, industrielle, culturelle et sociale :
Le médecin physiologiste Claude Bernard, les physiciens, Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie, (1896 : radioactivité) et le physicien-chimiste Louis Pasteur (fermentation 1857-1867, vaccin contre la rage 1885) font des découvertes capitales.

La photographie (1839), la bicyclette (1861), l’automobile à vapeur (1873), le développement du chemin de fer, l’électricité (1879), l’automobile électrique (La Jamais contente 1899), le cinéma (1895), la motocyclette (1897), l’avion (1903) permettent aux Français de modifier peu à peu leur mode de vie, de se distraire, de sortir et pour certains de voyager.

La France est alors l’un des plus grands empires coloniaux. Les expositions universelles emportent un énorme succès. La tour Eiffel construite à l’occasion de l’exposition universelle de 1889, témoigne de ce progrès. C’est aussi l’époque des premiers jeux olympiques modernes à Paris (relancés en 1894 par Pierre de Coubertin) et du premier tour de France (1903).

Les peintres naturalistes (à partir de 1870) trouvent leur inspiration dans la nature telle qu’elle est et dans le monde paysan, les impressionnistes (à partir de 1874) n’hésitent pas à peindre en plein air ; ils entendent capter la lumière des paysages sur l’instant. Ils peignent une nature changeante et une vie heureuse. L’art nouveau (à partir de 1890) trouve son inspiration dans la nature : arbre, fleurs, insectes…

Mais ces progrès entraînent l’exode rural et les conditions de vie sont dures pour les paysans qui restent dans les campagnes et pour ceux qui viennent grossir les rangs des ouvriers dans les nouvelles manufactures crées en pleine ville. Victor Hugo (1802-1885), Emile Zola (1840-1902), Anatole France (1844-1924), Guy de Maupassant (1850-1893), Marcel Proust (1871-1922) vont décrire avec réalisme le quotidien du peuple. Ils appartiennent aux courants réaliste puis naturaliste. Suivront les courants symboliste et surréaliste avec Baudelaire (1821-1867), Verlaine (1844-1896), Rimbaud (1854-1891), Guillaume Apollinaire (1880-1918)…

Extraits de la préface de Gaston Tissandier parue dans le premier numéro de La Nature (N° 1 - 7 juin 1873)

L’accueil depuis longtemps réservé aux livres sérieux qui tiennent le public au courant du progrès témoignent de l’intérêt réel que l’on porte actuellement à l’œuvre de la science […] La science est partout ; elle apparaît à tous les instants, on la voit même pénétrer dans le roman, tant elle se généralise.

Malgré l’avidité de connaître, qui est le caractère de notre époque, malgré le nombre croissant de publications spéciales, il nous a semblé qu’il manquait parmi nous un recueil analogue à quelques uns qui prospèrent depuis longtemps en Angleterre, en Allemagne, aux Etats unis. On peut compter en France des journaux scientifiques, nombreux et remarquables […] mais ils ne s’adressent, pour la plupart, qu’à une certaine classe de lecteurs. […]A côté de ces graves recueils et des autres excellentes publications […] nous avons pensé qu’il y avait une place importante à prendre pour une revue d’actualité scientifique, oû des écrivains spéciaux traiteraient les différents sujets, avec le concours de dessinateurs. Il est difficile, en effet, de se passer d’illustrations dans une œuvre de ce genre […]

[…] Un beau paysage géologique, un tableau représentant la reconstitution d’espèces fossiles, la coupe d’un fleuve où nagent des poissons qu’on étudie, ne charment-ils pas l’œil bien plus que des tracés froids et sévères ? Quel inconvénient y aurait-il à embellir une figure de science ? pourquoi ne serait-elle pas une œuvre d’art si elle ne cesse d’être exacte et sérieuse ? […] pourquoi le journal scientifique serait-il condamné à être aride, sec et souvent ennuyeux ? ne gagnerait-il pas, au contraire à prendre l’aspect d’un livre attrayant, agréable, afin d’attirer les lecteurs et d’augmenter le nombre de ceux qui aiment l’étude ?

C’est dans cet esprit que nous avons conçu le plan de la Nature, et que nous nous sommes adressés à des savants depuis longtemps connus et aimés du public […] nous avons voulu fuir l’écueil de l’erreur et de l’inexactitude […] Il n’est pas de savant universel , aujourd’hui surtout où le domaine de la science est si étendu.

Nous avons cherché dans ce recueil à mettre le lecteur en mesure de suivre les travaux de la France et de l’Etranger en 1873. Nous vivons malheureusement souvent dans l’ignorance complète de ce qui se passe au-delà de nos frontières ; aussi avons-nos pensé qu’il y aurait un grand intérêt à les franchir pour jeter les yeux sur les principaux événements scientifiques dont les nations civilisées sont le théâtre.

Le domaine de la science n’est pas un champ de combat, il devrait se présenter, au contraire, comme le plus sûr terrain de la conciliation.

La science est née de cette curiosité sublime qui a déjà produit les plus merveilleux résultats ; elle est la conséquence directe du culte de la nature. C’est pour rendre hommage à ce besoin de l’esprit que nous avons choisi le titre de ce recueil. Quoi qu’on nous ait objecté, il embrasse la science toute entière avec ses nombreuses applications. L’industrie y est comprise comme la science pure, car l’œuvre humaine fait partie de celle de la nature.

2- Défaite de 1970

Cet extrait de la Nécrologie, publiée dans La Nature N°1372 du 9 septembre 1899, lors du décès de Gaston Tissandier, chimiste et aérostier fondateur de la revue (1843-1899), apportent des précisions sur l’amertume des français face à cette défaite :

… Nous sommes après la guerre. On répétait partout que nous avions été vaincus par « le maître d’école allemand ». Un mouvement irrésistible s’était produit en faveur de la science. L’Association française pour l’avancement des sciences venait d’être créée. Elle prenait pour devise significative : « Pour la Patrie et pour la Science ». Gaston Tissandier avait été faire des conférences en province, à Lille, à Arras, à Boulogne, Roubaix, Chartres, etc. La plupart furent publiées. C’est alors qu’il trouva le moment venu de créer un organe indépendant qui diffuserait dans tous les grands centres d’activité intellectuelle les connaissances scientifiques, les découvertes et les inventions. Il avait été collaborateur d’Edouard Charton au « Magasin pittoresque ». Il résolut de fonder un « Magasin pittoresque » exclusivement consacré à la science, c’est-à-dire une Revue largement illustrée, à la fois élémentaire et savante, rédigée par des spécialistes ayant déjà fait leurs preuves. G. Tissandier fonde La Nature avec son frère Albert et quelques amis. Le titre était bon, et le fondateur principal déjà très apprécié.

Des scientifiques dans le Boulonnais à cette époque - quelques repères chronologiques :

  • 1874 Alfred Giard installe son laboratoire de biologie marine à Wimereux
  • 1879 Achèvement de la batterie côti`re de la Crèche selon les principes de Général Séré de Rivières
  • 1899 Marconi établit avec succès des liaisons par télégraphie sans fil entre Wimereux, Douvres et deux navires. Il adresse alors ce message : « M. Marconi envoie à M. Branly ses respectueux compliments pour la télégraphie sans fil à travers la Manche - STOP - Ce beau résultat étant dû en partie aux remarquables travaux de M. Branly - STOP. »
  • 1909 Le capitaine Ferber qui participait à la semaine de Boulogne-sur-Mer, se tue lors de l’atterrissage de son biplan. Pour l’Illustration : « Le capitaine Ferber peut être considéré comme le véritable précurseur de l’aviation en France ».

Sources :