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L’impardonnable défaite 1918-1940 de Claude Quétel

par Jean-Paul

Claude QUÉTEL © 2010 JC LATTÈS ISBN : 978-2-7096-3338-3 20 €.

Le 22 juin 1940, la France signe une reddition déshonorante après avoir connu la pire défaite de son histoire. Comment et pourquoi un tel désastre a-t-il-été possible ? L’auteur reprend le cours de l’histoire au lendemain de l’armistice de 1918. Par une démonstration, argumentée et documentée - 10 pages de bibliographie - il n’attribue pas la défaite à la fatalité mais dénonce différents acteurs pacifistes, défaitistes, classe politique, armée… en brossant un tableau sans concession. Claude Quétel, historien, est directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen.

Quelques brefs extraits :

Ch. 5 p.121 : « … le retard de la France est colossal. C’est notamment le cas de la production d’avions de guerre où la France n’a commencé à réarmer qu’en mars 1938 (mai 1935 pour l’Angleterre et mai 1934 pour l’Allemagne)… Si tout va bien, la France sera une grande puissance aérienne… en 1941. »

Ch. 7 p.144 : « …un mémoire sur la manoeuvre automobile du 28 février 1923 […] conçoit […] une « DI automobile » avec 2 bataillons de « chasseurs portés », 21 bataillons de chars… C’est à dire la préfiguration de la « division cuirassée »… Mais c’est là pure prospective. Les matériels ne sont construits ni même mis à l’étude.[…] En 1935, on peut encore lire dans la revue La France militaire que « le seul véritable tout-terrains » c’est le cheval qui est « l’irremplaçable instrument de déploiement… »

Ch. 9 p.203 : « Le général Weygand inaugurait le 4 juillet (1939), le concours hippique de la foire-exposition de Lille en ces termes « …Je crois que l’armée française a une valeur plus grande qu’à aucun moment de son histoire : elle possède un matériel de première qualité, des fortifications de premier ordre, un moral excellent et un haut commandement remarquable. … » […]. De Gaulle dans ses mémoires de guerre en fait le reproche (entre autres) à Weygand. À quoi ce dernier réplique : « …Mon devoir était de ne pas diminuer la confiance en une armée qu’il n’était à cette heure plus possible de modifier. » Si en juillet 1939, Weygand considérait en son for intérieur que l’armée française n’était pas en état de se battre, n’est ce pas plus grave encore ? »

Ch10 p.218 : À propos des effectifs : « Mais oû sont nos soldats ? Le 4 septembre (1939) près de 5 millions de Français ont été mobilisés. C’est beaucoup pour un pays de 42 millions d’habitants. De 1934 à 1940, 1 574 000 jeunes Français ont été appelés au service militaire contre 3 172 000 jeunes allemands (et dans des conditions d’entrainement qu’on imaginera sans peine radicalement différentes). Cela fait que la France ne compte que 3 soldats sur 10 entre 20 et 30 ans, contre 7 sur 10 pour l’Allemagne. »

Ch. 11 p.308 : À propos de Dunkerque : « (le général GB) Brooke écrira plus tard « Il est difficile d’imaginer comment l’armée aurait pu se relever de ce coup si le corps expéditionnaire n’était pas rentré. » Et de ce fait, le gouvernement Churchill n’aurait certainement pas survécu à une telle catastrophe, amenant probablement la Grande-Bretagne à se retirer de la guerre. C’est toute la Seconde Guerre mondiale qui en eût été transformée au profit du IIIème Reich. »

Ch. 12 p.324 : Après l’exode : « (À la fin de mai (1940), Lille s’est vidé de 180 000 habitants sur 220 000 ; Roubaix de 170 000 sur 122 00 ; Tourcoing de 75 000 sur 82 000. »

Au long de ces pages, l’auteur démontre que la France de ne pouvait pas échapper à ce destin malheureux, démobilisée et trompée par les acteurs politiques et les hauts dignitaires militaires. Beaucoup de dirigeants se trompaient de guerre : soit par une vaine nostalgie de la Grande Guerre, soit apeuré par la montée du bolchevisme qui allait menacer leurs situations.

Commentaires par Xavier.

Ch. 5 p.121 : En fait le réarmement est envisagé dès 1936, par le Front populaire, mais l’industrie aéronautique est archaïque. Il faut d’abord construire des usines et fusionner des entreprises.

Ch. 7 p.144 : En 1940, la France possède des divisions blindées : légères (les Divisions légères mécaniques) et lourdes (4 divisions cuirassées de réserve). Problèmes : elles manquent de moyens, notamment de transmissions, et n’opèrent pas de manière coordonnée. On va perdre nos DLM lors de la retraite en Belgique.

Ch. 9 p.203 : A l’époque, Weygand est en retraite depuis 4 ans. De toutes les manières, l’Allemagne croit encore à ce moment-là que l’armée française est de premier plan. Weygand n’est donc pas le seul à se leurrer. En outre, il n’a pas entièrement tort : certains chars français (les B1 et B1bis) surclassent les chars allemands, d’autres (les Somua) les valent très largement. La ligne Maginot est solide. Le gros problème, ce sont la doctrine d’emploi des matériels et la stratégie. En revanche, le haut commandement n’était pas (entièrement) remarquable, mais il n’allait pas dire le contraire… Quant aux Mémoires de Guerre de De Gaulle, elles paraissent 15 ans plus tard… Il faudrait relire la réponse argumentée que Weygand a faite dans un livre pour répondre à de Gaulle.

Ch. 11 p.308 : À propos de Dunkerque : L’armée évacuée de Dunkerque n’a pas servi avant 1944 (à part quelques éléments et la plupart des généraux, qui ont combattu en Afrique du Nord). Churchill, quoiqu’il arrivât, aurait vraisemblablement poursuivi la lutte. Mais le rembarquement a donné aux Anglais (enfin, à la majorité) un moral solide, " l’esprit de Dunkerque "

Ch. 12 p.324 : Après l’exode : Je pense que tout n’est pas joué le 10 mai 1940. Du moins, pas la défaite écrasante que l’on a subie.