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Témoignage : 17 octobre 1914 à Wimille et à Wimereux

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Isabelle Bazin et Françoise Barret dans un spectacle qui rend hommage à tous "ces inconnus venus chez moi"

Au sujet de son spectacle "Ces inconnus chez moi", Françoise Barret nous a adressé ce message à partager : A chaque fois que nous présentons le spectacle, nous tentons d’intégrer des témoignages de ce qui s’est passé sur place, de ceux qui sont passés dans la région…. En voici un :

« On savait qu’il fallait faire de la place et fuir. On le savait. On s’y attendait. La plage d’Ostende était remplie de réfugiés depuis une semaine. Ils dormaient dans les cabines de plage. C’était pareil à Middelkerke. Tout le monde attendait pour aller en Angleterre. Les malles étaient remplies, ils payaient les pêcheurs pour prendre place dans leur petit bateau.
On a démonté tous les vélos de l’atelier et on a mis les pièces et le matériel dans des barils en fer, et ces tonneaux, on les a cachés à Westende : un officier belge nous avait dit que les Allemands allaient bombarder Middelkerke dès leur arrivée. On aurait tout perdu, dans ce cas-là. On a gardé pour chaque membre de la famille un vélo et des bagages. Pour maman Sidonie un tandem, car elle ne roule pas à vélo. Mais Oscar, un très bon cycliste, roulera avec elle. Voilà comment on est partis, le lendemain matin. En vélo, le long de la côte, jusqu’à Adinkerke.
Là on nous a dit qu’on ne pourra peut-être jamais retourner en arrière. C’est affreux à entendre : tu peux partir, mais tu ne rentreras peut-être jamais. C’est... être banni de son propre pays.
Enfin... Dunkerque. Des soldats, beaucoup de soldats. Plus loin, à Calais. Encore plus de soldats : Anglais, Français, Belges... Et puis ici, le 17 octobre 1914. La Côte d’Opale.

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Des hotels prisés des Anglais avant guerre, transfomés en hôpitaux

C’est beau ici, on vit dans une petite maison à Wimille, et je travaille à Wimereux, pour les Anglais. Enfin, les Anglais et les Canadiens, car ils ont construit un grand hôpital, ici.
Les trois garçons, Oscar, Marcel et Cyriel, ont été appelés au printemps à rejoindre l’armée belge. Il ne reste plus que les filles... Zenobie et Alida. Et le petit Henri. Enfin, petit : il a 16 ans et il sait se défendre. Et pas mal du tout. Il commence à ressembler à un Français, avec sa moustache et son accordéon.
On peut tous les deux travailler à Paris, comme mécaniciens dans un garage. C’est pour ça qu’on va partir. On était pourtant bien ici. On était vraiment bien. C’est beau ici, tous ces beaux hôtels le long de la côte, mais on aura un travail fixe. Avec ce qu’on gagnera là-bas, et ce que les garçons gardent de leur solde, on devrait y arriver. Je pense.
On va partir en train. On doit vendre les vélos. Je ne prends que ma canne. J’ai gravé dedans jusqu’où on a fui. Demain, je continuerai à écrire, car on va continuer. Peut-être juste un peu, peut-être beaucoup. Peut-être... peut-être pour toujours. Quand on fuit, on est sûr de rien."

Richard Wybouw, constructeur, Middelkerke, Belgique, et sa femme Sidonie Coucke... et leurs enfants.

Le spectacle proposé par Françoise Barret et Isabelle Bazin est un vibrant hommage à ceux qui ont vécu la Première Guerre mondiale, qu’ils soient Indiens, Canadiens, Néo-Zélandais, Australiens, Américains, Amérindiens, Africains, Annamites, Chinois, Egyptiens… Soldats, infirmières, contingents de travailleurs, réfugiés, prisonniers de guerre, venus des quatre coins du monde, ils côtoient femmes, enfants, vieillards confrontés à leur quotidien douloureux.