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Le port en eau profonde de Boulogne-sur-Mer

par Jean-Paul

D’après La Nature - Deuxième semestre 1888 - article signé Daniel BELLET.

La ville de Boulogne, fondée en 50 Avant JC, par un lieutenant de CÉSAR, fut à l’époque romaine le plus important port océanique de l’empire selon DESJARDINS in « Géographie de la Gaule Romaine », du fait de sa proximité avec les côtes anglaises. Un phare de plus de 40 mètres de haut avait été érigé : « la tour d’Odre » pour guider les navires pendant leur traversée.

Pendant la « guerre de cent ans », le port continue de jouer son rôle. Puis l’ensablement de l’embouchure de la Liane, réduit les capacités d’accueil de la rade.

Lors des préparatifs de la descente en Angleterre, sous Napoléon 1er, on aménagea plusieurs longueurs de quai, réunis aux deux jetées établies vers 1740 ; on construisit en 1804 une écluse de chasse, permettant de lutter contre l’envasement du chenal.

Enfin à compter de 1829 de multiples projets d’améliorations virent le jour.

Décrivons les ouvrages du port : un chenal d’accès, large de 72 mètres à la surface et 50 au fond, compris entre deux jetées courbes, celle du sud-ouest longue de 650 m et celle du nord-est de seulement 500 m. Entre ces jetées la profondeur est de 1,80 m au dessous des plus basses mers ; à l’extérieur il est de 5,50 m, au dessous des plus basses mers, ou 12,5 m lors des pleines mers de vives-eaux pour 9,50 m aux mortes-eaux. On entre ensuite dans l’avant port, puis dans le port d’échouage, long de près de 500 m et d’une largeur de 150 m, le fond est à 2 m au dessus des plus basses mers limitant l’accès aux paquebots à quelques heures par marée. Un appontement de 180 m et une gare maritime.
L’arrière port est de 220 m par 108 m.
Un bassin à flot à l’ouest du port, d’une superficie de plus de 6 hectares, munis de 22 500 m² de terre plein pour une longueur de quai dépassant le kilomètre. Ce bassin communique par une écluse de 21 m de large et est apte à recevoir des navires de 100 m de long.
Une cale de 60 m de long et 30 m de large pour caréner, des chantiers de construction, des grues à bras et à vapeur, des hangars, des voies ferrées. Tout cela ferait de Boulogne un des meilleurs ports français, s’il ne manquait une profondeur suffisante pour l’accueil des plus grands navires à toute heure de marée et un abri aux coups de vent du sud-ouest.

La loi du 17 juin 1878 a déclaré d’utilité publique les travaux requis pour obvier ces inconvénients, jusqu’à concurrence de 17 millions de francs.

Les travaux envisagés sont :
Une rade formée d’une enceinte de trois digues coupées par deux passes. Une traverse accostable à toute heure par les paquebots calant 5 m.
La digue du large, en deux tronçons reposant par des fonds de 7 à 8 m, sera longue de 1 100 m. La branche Nord, entre les deux passes, forme un môle isolé de 500m, quand à la branche Sud, elle se raccorde à la digue du sud-ouest. Pour la digue du nord-est, ce sera le prolongement sur 1 440 m de la jetée déjà réalisée.
La passe Nord aura une largeur de 150 m et celle de l’Ouest 250 m.
La traverse ou darse, longue de 1 150 m et large de 200 sera desservie par une voie ferrée, l’unissant au « chemin de fer du Nord ».

Le 1er septembre 1884, une nouvelle loi est venue restreindre pour un certain temps la mise à exécution complète du programme de 1878. Le budget est abondé de 18 millions de francs.

D’exécuté du programme 1878, il y a eu en juillet 1879, l’établissement d’un vaste remblai en pied de falaise, pour y ouvrir les voies de communications, les chantiers et les carrières. Puis on a créé dans l’angle SW un port d’échouage ; les digues sont formées d’un massif d’enrochements jusqu’au niveau des basses mers de morte eau - zéro des cartes- surmonté d’une muraille en maçonnerie jusqu’à 3 m au dessus des plus hautes eaux.
Du coté du large, les enrochements sont protégés par un revêtement de blocs de maçonnerie de 30 tonnes chacun. Dans la branche du large, la hauteur totale de la digue est de 20 m au dessus du fond.
Les travaux devant être définitivement exécutés - indiqués en traits pleins sur la carte - sont la construction de la digue du Sud Ouest et la digue du large. Il reste à faire 16 000 mètres cubes de maçonnerie pour achever leur profil complet. On a, en outre, construit l’amorce de la traverse sur 350 m.
Les deux digues pourraient être achevées courant 1888 si on disposait de 800 000 francs. Le reste des travaux projetés - môle isolé, prolongement de la jetée Nord-Est, achèvement de la traverse - devra être ajourné. Du moins, l’effet des ouvrages réalisés se fera sentir.

…la nécessité s’impose d’achever les travaux commencés, dans une mer aussi dangereuse que la Manche, pour un port aussi important que Boulogne, qui a vu entrer, en 1886, 4 603 navires portant 1 019 807 tonneaux de marchandises, et 146 546 voyageurs. Mais il faudra d’ailleurs agir avec prudence et répartir les dépenses nécessaires sur un grand nombre d’années.